La souveraineté des données représente l’enjeu numérique majeur des villes belges en 2025. Pour Liège, 3e ville de Belgique avec 200 000 habitants et un tissu économique en pleine mutation digitale, contrôler les données produites sur son territoire — données citoyennes, mobilité, urbanisme, santé publique — n’est plus une option : c’est une nécessité stratégique. Cet article analyse pourquoi la Ville de Liège doit impérativement reprendre le contrôle de son patrimoine numérique face aux GAFAM et aux plateformes SaaS étrangères.
Qu’est-ce que la Souveraineté des Données pour une Ville ?
La souveraineté des données (data sovereignty) désigne la capacité d’une entité — ici une collectivité locale comme la Ville de Liège — à contrôler, gérer et décider de l’utilisation des données qu’elle produit ou collecte sur son territoire. Elle englobe trois dimensions indissociables :
- Contrôle juridique : qui est propriétaire des données ? Quelles lois s’appliquent (RGPD, loi belge, droit européen) ?
- Contrôle technique : où sont stockées les données (data center belge, européen ou américain) ? Qui y a accès ?
- Contrôle stratégique : qui peut exploiter ces données pour orienter les politiques publiques liégeoises ?
Q : Liège produit-elle réellement des données sensibles ?
Oui. Chaque jour, la Ville de Liège génère des millions de points de données : flux de circulation sur la N3 et le Pont de Fragnée, consommation énergétique des bâtiments publics, demandes sociales via le CPAS, données de fréquentation des Chiroux, données de santé via les hôpitaux CHC et CHU de Liège. Ces données ont une valeur commerciale et stratégique considérable.
Liège face aux Risques de Dépendance Numérique
Aujourd’hui, une grande partie de l’infrastructure numérique des villes belges repose sur des solutions américaines : Microsoft Azure, Google Workspace, AWS d’Amazon. Or, le Cloud Act américain (2018) autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées par ces prestataires, même sur des serveurs européens. Pour Liège, cela signifie concrètement que des données citoyennes liégeoises peuvent être consultées par des tiers étrangers sans que la Ville en soit informée.
Trois risques majeurs de dépendance numérique menacent les collectivités comme Liège :
- Vendor lock-in : une fois les données et processus migrés vers un fournisseur propriétaire, le coût de sortie devient prohibitif. La Ville perd sa capacité de négociation et sa liberté de choix technologique.
- Accès unilatéral par des tiers : le Cloud Act, mais aussi les Patriot Act et FISA aux États-Unis, permettent des accès extrajudiciaires aux données hébergées chez les géants tech américains.
- Monétisation des données citoyennes : certains contrats SaaS prévoient des clauses d’utilisation des métadonnées à des fins commerciales — à l’insu des citoyens et de la collectivité.
« Les données des citoyens sont un bien public. Leur contrôle est une question de démocratie locale. »
— Principe directeur du GAIA-X, initiative européenne de cloud souverain
Le Cadre Réglementaire Européen : RGPD, Data Act et NIS2
L’Union Européenne a considérablement renforcé le cadre légal de protection des données publiques ces dernières années. Liège, comme toute administration belge, est directement concernée par trois textes fondamentaux :
| Règlement | Entrée en vigueur | Impact pour Liège |
|---|---|---|
| RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) | Mai 2018 | Obligation de protection des données personnelles des citoyens liégeois. DPO (Data Protection Officer) obligatoire. |
| Data Governance Act | Septembre 2023 | Cadre pour le partage et la réutilisation des données publiques. Opportunité pour Liège d’ouvrir ses données via l’Open Data. |
| NIS2 (Network and Information Security) | Octobre 2024 | Renforce la cybersécurité des infrastructures critiques. Les systèmes d’information de la Ville de Liège sont concernés. |
| Data Act Européen | Septembre 2025 | Régule l’accès aux données générées par les objets connectés déployés sur le territoire liégeois (capteurs, smart city). |
Q : La Ville de Liège est-elle en conformité RGPD ?
Depuis 2018, toutes les administrations belges sont tenues de désigner un Délégué à la Protection des Données (DPO). La Ville de Liège dispose de ce rôle, mais la mise en conformité effective — registre des traitements, analyses d’impact, gestion des sous-traitants — reste un chantier permanent nécessitant des ressources dédiées.
Smart City Liège : Quelles Données sont en Jeu ?
Liège s’est engagée dans plusieurs projets de Smart City ces dernières années : gestion intelligente du trafic, éclairage public connecté, gestion des déchets optimisée, capteurs de qualité de l’air sur les quais de Meuse. Chacun de ces projets génère des volumes massifs de données opérationnelles.
Les principaux flux de données produits sur le territoire liégeois incluent :
- Mobilité urbaine : caméras ANPR (lecture automatique de plaques), capteurs de flux piéton en Féronstrée et rue Saint-Gilles, données TEC (Opérateur de Transport de Wallonie)
- Énergie : compteurs Resa (gestionnaire de réseau de distribution) et données de performance énergétique des 400+ bâtiments publics liégeois
- Social et santé : dossiers CPAS, données de fréquentation des maisons de repos communales, statistiques de précarité par quartier (Bressoux, Droixhe, Glain…)
- Urbanisme : permis d’urbanisme numérisés, données cadastrales, évolution du parc immobilier en Outremeuse et en Coteaux de la Citadelle
- Environnement : qualité de l’air Meuse-Meuse, relevés hydrométriques du Service Public de Wallonie (SPW) à Liège
Solutions Concrètes pour une Vraie Souveraineté des Données à Liège
Reprendre le contrôle de son patrimoine numérique ne signifie pas rejeter toute technologie externe. Cela implique des choix stratégiques délibérés. Voici les leviers concrets que la Ville de Liège peut activer :
1. Adopter une Stratégie Cloud Souverain
Des solutions européennes certifiées existent : OVHcloud (hébergeur français, serveurs à Roubaix et Strasbourg), Scaleway, ou encore des initiatives wallonnes comme celles portées par le Digital Wallonia Hub. La Région Wallonne propose déjà des infrastructures mutualisées pour les communes dans le cadre du programme e-Wallonie.
2. Développer l’Open Source et les Logiciels Libres
Des villes comme Barcelone et Munich ont démontré qu’il était possible de migrer massivement vers des solutions open source (LibreOffice, Nextcloud, Mattermost) sans sacrifier la productivité. Pour Liège, cela représente également un levier d’économies budgétaires substantielles — les licences Microsoft représentent typiquement 15 à 25% du budget IT d’une collectivité de taille comparable.
3. Créer un Data Warehouse Municipal
Un entrepôt de données centralisé, géré par la Ville ou dans le cadre d’une intercommunale avec la Province de Liège et l’Intercommunale IDELUX, permettrait de croiser les données de différents services (mobilité, social, urbanisme) pour améliorer les politiques publiques liégeoises. Des outils open source comme Apache Superset ou Metabase offrent des capacités de visualisation de données puissantes.
4. Former les Agents et Élus Liégeois à la Littératie des Données
La souveraineté des données commence par la compétence humaine. L’Université de Liège (ULiège) et la Haute École de la Province de Liège (HEPL) proposent des formations en data science et en cybersécurité qui pourraient alimenter un programme de formation continue pour les agents communaux.
5. Rejoindre les Réseaux de Gouvernance Numérique
Liège peut s’appuyer sur des réseaux existants : GAIA-X (initiative franco-allemande de cloud européen), Open Data Wallonie-Bruxelles, et le réseau des Smart Cities belges coordonné par Agoria. Ces coopérations permettent de partager les coûts d’infrastructure et d’expertise.
Bénéfices Concrets pour les Citoyens Liégeois
Une politique de souveraineté des données n’est pas un projet technocratique abstrait. Elle génère des bénéfices tangibles pour les 200 000 Liégeois :
- Protection de la vie privée : les données personnelles des citoyens (état civil, données sociales, déplacements) restent sous contrôle local et ne sont pas commercialisées
- Services publics améliorés : en croisant les données de mobilité, de santé et d’urbanisme, la Ville peut anticiper les besoins et optimiser l’allocation des ressources publiques
- Transparence démocratique : l’Open Data permet aux citoyens, journalistes et chercheurs de l’ULiège de contrôler l’action publique et d’innover
- Économies budgétaires : réduire la dépendance aux fournisseurs propriétaires libère des marges budgétaires pour des services à la population
- Résilience numérique : une infrastructure souveraine est moins vulnérable aux cyberattaques et aux défaillances de prestataires tiers
FAQ — Souveraineté des Données à Liège
Qu’est-ce que la souveraineté des données pour une ville comme Liège ?
La souveraineté des données pour Liège désigne la capacité de la Ville à contrôler l’ensemble des données produites sur son territoire — données citoyennes, de mobilité, d’urbanisme et de santé — en garantissant qu’elles restent sous juridiction belge et européenne, accessibles uniquement aux autorités légitimes et non exploitées à des fins commerciales sans consentement.
Le RGPD protège-t-il suffisamment les données des citoyens liégeois ?
Le RGPD pose un cadre juridique solide, mais il ne suffit pas seul. Il doit être complété par des choix techniques (hébergement européen, chiffrement) et organisationnels (formation des agents, audits réguliers). Le Data Act européen, applicable dès septembre 2025, renforce encore ces obligations pour les collectivités utilisant des objets connectés.
Combien coûte une stratégie de souveraineté des données pour une ville de la taille de Liège ?
Les investissements initiaux varient selon l’ambition du projet, mais des études sur des villes comparables européennes (150 000 à 250 000 habitants) estiment le coût de migration vers des solutions souveraines entre 500 000 € et 2 millions €, avec un retour sur investissement positif à 5 ans grâce aux économies de licences et à la réduction des risques de cyberattaque.
Liège peut-elle s’inspirer d’autres villes européennes en matière de souveraineté numérique ?
Oui. Barcelone (Espagne) a adopté dès 2017 sa stratégie Barcelona Digital City, basée sur le logiciel libre et la souveraineté des données. Amsterdam gère sa Smart City via une fondation indépendante. En Belgique, Gand (Stad Gent) et Louvain-la-Neuve ont initié des politiques de données ouvertes et souveraines qui peuvent inspirer Liège.
Quel rôle joue l’Université de Liège (ULiège) dans la souveraineté numérique de la ville ?
L’ULiège est un acteur clé : ses facultés d’informatique, de droit et de sciences sociales développent des expertises directement applicables à la gouvernance des données publiques. Des partenariats ville-université existent déjà dans d’autres métropoles belges et wallonnes, et pourraient être structurés formellement entre Liège et son université pour construire une feuille de route numérique partagée.
Article rédigé par l’équipe éditoriale AdSim, agence de marketing digital et de stratégie numérique à Liège. AdSim accompagne les entreprises et collectivités liégeoises dans leur transformation digitale, leur stratégie SEO et leur gouvernance des données.




